Troubles de voisinage : sus aux fous

Troubles en perspective

Lorsque j’ai acheté mes premiers biens, je remplissais de belles feuilles EXCEL, où les loyers compensaient tranquillement les mensualités de prêt sur 25 ans. Financièrement, j’avais tout anticipé : travaux, taxes foncières, impôts sur les revenus fonciers, inflation… Mais je ne me doutais pas encore qu’en plus de revenus locatifs, je faisais surtout “l’acquisition” de personnalités rares. Il existe une catégorie de locataires qui ont non seulement le pouvoir de faire partir les autres, mais presque aussi j’ai l’impression, de pousser le propriétaire à la vente. Certaines de mes “bonnes” affaires s’expliquent peut-être par un ras-le-bol de l’ancien propriétaire à gérer des cas humains complexes.

Non, je ne vous parle du voisin qui passe trop souvent sa tondeuse. Je parle de troubles de voisinage entre 8 et 10 sur l’échelle de RICHTER. Sur BREST, un de mes appartements vient de se libérer. Aussitôt, je mets une annonce sur leboncoin et je commence les visites. Alors que j’attends la première, les locataires du rez-de-chaussée viennent s’entretenir avec moi.

- Excusez-moi de vous déranger, mais la personne en face pousse des cris dès 7h du matin; et aussi en journée.

Le locataire sort à ce moment là de son appartement… J’entame le dialogue.

- Bonjour, apparemment vous gênez quelque peu vos voisins.

- Ah… pardon. Mais c’est parce qu’on m’attaque. J’ai été torturé, il y a eu de la boucherie sur moi (énervé, il commence à se mordre le bout des doigts).

- Mhh… vous êtes suivi par l’ATP je crois ? Est-ce vous voyez un médecin régulièrement ?

- Non, mais je suis pas fou. C’est une dame qui me fait des choses (à force de mordiller ses doigts, le sang commence à couler sur ses vêtements et sur le sol).

- D’accord, mais ce sera bien d’en parler à quelqu’un au lieu de crier dans l’immeuble.

Il commence alors à marcher dans le couloir, mettant du sang aussi sur les murs. La locataire d’en face revient avec de l’essuie-tout et essaye de le calmer “personne ne vous veut du mal ici”. Je lui propose de rentrer chez lui mais il refuse. C’est un peu normal si une méchante dame l’y attend. Mais peut-être est-il plus simple de déménager à ce moment là…

C’est alors qu’une jeune fille arrive pour visiter le charmant meublé du premier étage. Curieusement, avec un fou dans la cage d’escalier et son sang frais un peu partout, je perds temporairement mon esprit positif. A la question, “c’est calme ici ?”, je suis tenté de répondre “oui, quand XXX prend ses médicaments”. Il est toujours difficile de vendre un produit auquel on ne croit pas.

La jeune fille s’en va, j’appelle l’ATP. La personne qui suit XXX est en vacances, on me propose de rappeler la semaine prochaine. J’explique en détail la situation. L’ATP promet de contacter l’hôpital pour voir s’ils peuvent s’en occuper. C’est déjà arrivé, suite à une intervention de la police; il est revenu quelques jours plus tard.

Sur un plan comptable, XXX est formidable. Sur un plan humain, ce n’est plus supportable. Je suis donc en train de lancer une procédure d’assignation devant le tribunal d’instance pour rompre le bail. Mon avocat s’en charge pour 750€. C’est une procédure délicate puisqu’il faut apporter la preuve du trouble : témoignages, constat d’huissier… et en attendant, les autres locataires sont tentés de partir.

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2 Comments

  1. J’ai deux voisins archi fous et ne déménagerai pas. Que puis-je faire ? Merci (les autres ne vont pas témoigner : moins dérangés par leur situation géographique dans l’immeuble + ils ont un peu la trouille).
    Merci

    • Bonjour Fabienne ; sans remplacer les conseils d’un avocat :
      1/ Les rencontrer, leur en parler.
      2/ Leur écrire gentiment.
      3/ Voir ce que prévoit le règlement intérieur de l’immeuble et contacter le Syndic.

      Comme j’étais propriétaire de l’immeuble dans ce cas, donc sans syndic, j’ai fait constater le trouble par huissier et par les voisins. Puis mon avocat a demandé la résiliation du bail devant le Président du tribunal d’instance, en joignant les photos du trouble, le constat, les témoignages et les nombreux courriers adressés.
      Devant l’accumulation des preuves, le juge a prononcé l’expulsion du locataire.

      Dans les procédures de troubles de voisinage, l’essentiel est de prouver que ce qui est subi est vraiment anormal.

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